Visite de la forêt du Rocher de Saulx

Visite guidée de la forêt départementale du Rocher de Saulx sur le thème de la gestion sylvicole, organisée par le département de l’Essonne, avec Julien Daubignard, en charge du Patrimoine forestier et européen au Conservatoire des Espaces Naturels Sensibles (ENS), David Binvel (garde-animateur nature des ENS) et Gérald Sivry, technicien forestier de l’ONF (Office National des Forêts)  en charge de la forêt du Rocher de Saulx. Compte-rendu de la visite et participation à l’article : Marie-Anne Arrio

La forêt du Rocher de Saulx est dotée d’un nouveau Plan d’aménagement forestier (2019-2038) (Fiche de synthèse et document d’aménagement à télécharger sur le site) établi par l’ONF et validé par le Département. Ce document cadre définit les coupes à mettre en place dans les différentes parcelles tout en préservant le capital forestier.

La forêt du Rocher de Saulx est l’une des forêts dont les équipements sont les plus vétustes. Des travaux de remise en état de ceux-ci seront prévus en 2022 et 2023. Entre autre, le parking sera refait, des panneaux descriptifs et explicatifs seront mis en place, les chemins seront réaménagés, parmi ceux sélectionnés.

Objectifs

L’objectif principal de cette forêt est l’accueil du public pour le bien-être des populations. L’obtention et le maintien des peuplements sains et stables doivent donc être des objectifs prioritaires.

Pour éviter de trop gros dégâts lors des tempêtes, il faut que les peuplements soient régulièrement éclaircis, ce qui les rend plus stables et plus résistants au vent. Pour limiter les coupes rases aux peuplements hors station, on choisira comme essence objectif l’essence en place, même lorsqu’elle ne représente pas l’optimum économique. L’urgence de cet aménagement est de transformer les peuplements de châtaigniers dépérissant avec une essence durable adaptée à la station.

La première étape consiste à faire un état des lieux de l’état de la forêt (liste des essences, des types de sols,…). Le châtaignier largement dominant, est en régression depuis 20 ans. L’aménagement précédent a traité les dégâts de la tempête en mettant en régénération les taillis de châtaigniers tombés. La fréquentation publique est surtout une fréquentation de proximité, pour de courtes promenades régulières. La carrière de Lunézy fait partie de la Réserve naturelle nationale des sites géologiques de l’Essonne. Elle se trouve à l’ouest de la forêt. La forêt est fortement capitalisée, malgré les dégâts de la tempête de 1999. Après cette première étape, des décisions sont alors programmées sur vingt ans. Le but est de garder la forêt en bonne santé.

Il a été choisi de traiter de manière transitoire la forêt en futaie régulière sauf sur les pentes les plus fortes qui seront traitées en taillis. Ces traitements répondent à la double problématique de cette forêt.

Le traitement en futaie régulière permet le changement d’essence des peuplements hors station. Les parcelles saines, classées en amélioration, ne feront pas l’objet de coupe rase. Ainsi à capital équivalent, elles bénéficieront d’une rotation des coupes d’éclaircies plus longue que dans un traitement en futaie irrégulière.

Gestion des arbres malades

Les peuplements de châtaignier du plateau sont attaqués par la maladie de l’encre. En bas de pente, ils peuvent être dépérissant localement à cause du manque d’éclaircies. Cette maladie existe depuis une centaine d’années dans le monde et s’étend actuellement en France. Elle est due à un organisme proche du champignon : oomycète. Elle se développe en anaérobiose, dans les sols compacts et nécrose les racines. On observe que les châtaigniers du Rocher de Saulx ont leurs têtes dépourvues de feuilles : c’est un signe de la maladie.

Le châtaignier n’aime pas avoir les racines dans l’eau ou trop de sécheresse. Or, avec les modifications climatiques, il y a plus de sécheresse l’été et des hivers plus pluvieux. De plus, le plateau argileux du Rocher de Saulx retient l’eau l’hiver et permet donc à ce champignon de proliférer dans certaines parcelles forestières.

Les châtaigniers sont également attaqués par le chancre (très grave maladie fongique qui attaque l’écorce des châtaigniers et qui finit par les faire mourir)

Des cartes ont été établies pour avoir la répartition des essences et celle des maladies. Une cartographie du type de sols a également été établie, par carottage des sols en différents endroits. Certains sols sont très différents par endroit, comme par exemple dans la carrière.

Photo : Nathalie Tomic

Les arbres sont coupés en fonction de leur état (maladie) ou des aménagements (chemin par exemple) puis revalorisés (vendus). Les arbres marqués d’un trait rouge seront coupés car ils sont malades.

Cependant, certains arbres morts ou malades sont tout de même gardés lorsqu’ils sont considérés comme utiles pour l’habitat des oiseaux comme le pic épeiche, présent dans cette forêt, qui fait son nid dans les trous du tronc de l’arbre.

Dans ce cas, l’arbre est marqué d’un triangle beige. Ces arbres « bio » sont conservés au milieu des parcelles et pas en bord de chemin car le risque d’une chute sur des promeneurs est trop grand.

Certaines parcelles ne sont pas dessouchées et restent impraticables. La dégradation de ces souches est très importante pour nourrir le sol et préserver la biodiversité. En effet, la forêt stocke beaucoup de carbone dans les sols, c’est pourquoi il est important de laisser les souches et le bois mort. Le rapport carbone/azote est de 500 dans le sol mais il n’est que de quelques dizaines dans les feuilles. De plus, le nombre d’oiseaux et de mammifères étant négligeable par rapport au nombre d’insectes et de micro-organismes. Ne pas dessoucher est important pour la biodiversité.

Dans le cas de cette parcelle, le bois a été vendu sur pied à une entreprise. A nouveau, pas de dessouchage pour nourrir le sol. La parcelle est laissée en l’état, avec les souches, les buissons, les ronces… Elle sera travaillée en « potée travaillée » : à l’aide d’une pelle hydraulique, le terrain est travaillé aux seuls endroits où les pieds nouveaux sont implantés ; l’érosion est moins forte et la couche d’humus est laissée à l’endroit de la plantation. Le repeuplement de plants déjà hauts sera privilégié pour ne pas qu’ils soient étouffés par la végétation autour. Le broyeur sera passé de temps en temps pour que les ouvriers puissent passer et travailler. Puis la parcelle sera laissée sans débroussaillage. Une nouvelle technique en utilisant les rejets présents pour gainer les nouveaux plants sera mise en place. Les incertitudes face aux changements climatiques impliquent l’essai de ces nouvelles techniques.

Cette coupe a été faite en période de nidification à cause des contraintes de main d’œuvre. De plus, les engins qui permettent les coupes tassent le sol et ce n’est pas forcément bon de les faire intervenir en hiver. Il faut aussi tenir compte des riverains. Il y a toujours un aspect négatif lors des interventions mais l’ONF essaie de faire au mieux.

Impact des changements climatiques

Actuellement, les plans d’aménagement des forêts s’efforcent de tenir compte des changements climatiques et des maladies associées. L’urgence de cet aménagement est de transformer les peuplements de châtaigniers dépérissant avec une essence durable adaptée à la station. C’est pourquoi le plan d’aménagement du Rocher de Saulx prévoit la coupe des châtaigniers malades (tous ne sont pas atteints) et une replantation d’autres essences (fruitiers, érables planes et champêtres…).

L’ONF compte planter de nouvelles essences : fruitiers, érables planes (proche de l’érable sycomore), ormes. Il est prévu de planter environ 400 arbres, bien qu’il y ait un problème d’approvisionnement en plants en ce moment. Le pin n’est pas envisagé car il n’est pas adapté au sol du Rocher de Saulx. Le coût des plantations est bien plus important que les bénéfices gagnés avec la coupe des arbres. Le replantage est beaucoup plus cher que la coupe rase qui a été effectuée.

Régulation des sangliers

Il y a beaucoup de sangliers dans les environs. Les riverains les voient et ont parfois des dégâts sur leurs bordures de jardin. En effet, les sangliers font partie d’une espèce qui s’est très bien adaptée. Ils ont un habitat, la forêt, et un garde-manger, les champs des alentours. De plus, les hivers étant moins rudes, il y a plus de portées (jusqu’à neuf petits par portée). Les sangliers sont des animaux nocturnes. Ils aiment se cacher dans les ronciers et n’en bougent pas le jour Ainsi ils peuvent être proches de nous sans qu’on le sache.

L’endroit nommé « La porcherie » abrite potentiellement de nombreux sangliers car il y a beaucoup de ronciers. Des battues sont organisées par les ENS. En cas de carence avérée dans la régulation de la faune sauvage, la Préfecture peut faire appel aux louvetiers. Dans ce cas, le Département ne maitrise rien. Mais attention car la nature régule toujours et cela pourrait être les maladies qui attaquent le sanglier. Pour rappel, à l’exception de ces opérations de régulation de sangliers, la pratique de la chasse est interdite dans forêt départementale.

Il y a de nombreuses tentatives d’introductions de faisans et perdrix par les sociétés de chasse. Mais ces espèces s’adaptent mal. Il n’y a pas assez de haies près des champs et elles se réfugient dans les jardins. Les chasseurs sont dans la plaine, pas dans la forêt. Les ENS ne sont pas en charge de les contrôler à l’extérieur de la forêt. Il existe des quotas de chasse pour certaines espèces comme le lièvre ou le cerf. Le chasseur doit acheter un bracelet qu’il fixera sur l’animal tué. Cela permet de contrôler mais n’empêche pas la fraude.

Photo : Nathalie Tomic

Souille de sanglier : mare de boue dans laquelle les sangliers se roulent pour se débarrasser des parasites

Inventaire de la faune et de la flore

Il n’y a pas à proprement dit d’inventaire de la faune et de la flore de la forêt Rocher de Saulx. En effet, l’inventaire forestier national est une des missions de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Placé sous la tutelle des ministres chargés du développement durable et des forêts, ce dernier est en effet chargé de l’inventaire permanent des ressources forestières nationales, indépendamment de toute question de propriété.

Pour notre forêt, la liste des espèces peut être trouvée sur le site Faune IDF ou le site CETTIA Ile-de-France. La localisation des espèces protégées n’est pas accessible à tous, pour des raisons de protection.

Cliquez sur les photos.

Certains insectes très utiles à l’environnement., comme le bousier, sont intoxiqués par le crottin de cheval dont ils se nourrissent. En effet, les chevaux sont vermifugés avec des produits toxiques pour le bouvier. C’est un problème pour les Espaces Naturels Sensibles. Choisir le moment de la vermifugation, ne pas vermifuger à outrance, ne pas mettre l’animal au pré ou le sortir après vermifuge ne seraient pas des précautions inutiles pour la faune sauvage et la biodiversité des sols.

Le parking sera rénové d’ici 2022-2023. Des panneaux explicatifs seront mis en place. Certains chemins seront aménagés. Pas tous car de nombreux chemins se sont formés suite au passage des piétons ou des vélos mais ils n’ont pas été prévus par les ENS.

L’application Veille nature 91 vous permet de signaler des problèmes constatés sur les milieux naturels et les itinéraires de randonnée : dépôts sauvages, arbres dangereux, équipements vandalisés, etc. Attention, si un arbre tombé gêne un chemin non référencé par les ENS, il n’y aura pas d’intervention.

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